Maudite tête de cochon, pas bonne, contrarieuse…

Quand j’étais petite, on disait de moi que j’étais « obstineuse », tête de cochon, lunatique, « contrarieuse » et pas bonne : pas bonne à l’école, pas bonne pour suivre la classe de ballet, pas bonne pour faire des casse-têtes, pas bonne pour entreprendre une tâche de A à Z, pas bonne pour retrouver mon chemin, pas bonne pour me faire des amies… Pas bonne.

Pendant longtemps, j’ai donc cru que je n’étais pas bonne. Encore aujourd’hui, malgré tout le travail que j’ai fait sur moi, les thérapies, les lectures et les succès, la plupart du temps je crois que ne vaut rien. JE SUIS PAS BONNE.

En 1985, on ne se cassait pas beaucoup le bécyke avec les diagnostics. Il y avait les élèves qui performaient et les autres, ceux qui avaient besoin d’un cheminement personnel et particulier (les cancres, les pas bons). Bien au chaud dans notre petite case, notre avenir semblait tout tracé.

Mais je n’en veux pas aux années 80 – peut-être un peu pour des questions vestimentaires – de ne pas avoir su détecter que quelque chose clochait chez moi et que ce truc n’avait aucun lien avec mon intelligence. Pas plus qu’à ceux qui m’ont lancé au visage – directement ou indirectement – que je n’étais « pas bonne ».

Quand même… voici ce que j’aurais aimé entendre. Ce qui aurait été un baume, pour moi et qui m’aurait peut-être sauvé des fortunes de thérapies (blague)

  • Tu n’es pas « obstineuse », tu remets en doute. C’est un signe d’intelligence que de poser des questions, mais tu dois faire confiance aux adultes. Tu es une enfant.
  • Tu n’as pas une tête de cochon, tu aimes simplement comprendre pourquoi on te demande de faire telle ou telle chose. Demande à ce qu’on t’explique mieux, ça t’aidera.
  • Tu n’es pas lunatique, tu as une attention déviée. Tu vois tout, tu entends tout et c’est une grande force, tu dois seulement apprendre à la canaliser
  • Tu n’es pas « contrarieuse », tu cherches à provoquer car tu ne sais pas où est ta place. Nous t’aimons et tu as le droit d’exister
  • Tu n’es pas « pas bonne ». Tu as des forces là où les autres n’en ont pas. Tu es créative, énergique, curieuse et débrouillarde. Ta manière d’apprendre est seulement différente de celle des autres
  • Tu es unique

Les mots et les coups de l’enfance font des plis sur l’estime de soi, impossibles à faire disparaître. Ils restent. Faut faire avec. Tant pis pour moi, mais tout ça, fait de moi une meilleure maman. Une mère à l’écoute qui supporte ses enfants et qui tente de trouver ce dans quoi ils sont bons. Comme disait Albert « Si on juge un poisson sur sa capacité de grimper à un arbre, il passera à croire qu’il est stupide »…



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