L’enfant qui n’en pouvait plus des billets scolaires

Je veux mourir.

Dix ans. Il n’a que dix et ans et son souhait me tombe dessus comme une chape de plomb. Ses yeux sont mouillés et il tremble. Je le prends dans mes bars et je l’écoute. Il parle vite. « J’ai eu un billet et je préfèrerais mourir plutôt que de revenir à la maison avec ». Bam.

Les billets. Les fameux billets. Ils sont distribués comme des bonbons amers aux enfants. Ils devraient servir à communiquer avec le parent, ils sont plutôt servis à toutes les sauces au goût de menace : « Si tu n’arrêtes pas, tu vas avoir un billet ». L ‘ultime punition pour bien des enfants du primaire. Je le sais, je le vois. Je travaille dans une école.

Les billets, inefficaces  

Débordées, fatiguées et à court de ressources, le personnel scolaire se promène petit carnet de billets à la main. Distribuer des billets pour faire régner l’ordre. Ce n’est pas un pavé de mauvaises intentions, c’est seulement un chemin inefficace avec les enfants. Je le vois, je le constate. Surtout avec ceux qui vivent avec un trouble du déficit de l’attention ou une autre particularité.

Comment les enfants perçoivent les billets

Alors que je discutais pour discuter avec une élève de 6e année, hyper allumée et vaguement opposante, cette dernière me disait à peu de choses près ceci : « Nous, les enfants, on voit les billets comme une provocation. Un peu comme les adultes qui voient le policier approcher avec ses contraventions. On dirait que vous les donnez juste pour montrer votre pouvoir. On arrive avec notre billet à la maison, on se fait chicaner mais on a rien appris ».

Provocation. Rien apprendre. Voilà, cette jolie fougueuse avait tout dit. Et j’étais bien d’accord avec elle. Je préfère la discussion, la réflexion et l’humour pour désamorcer les situations et faire passer mes messages. Après plusieurs incidents, s’il faut contacter le parent, pourquoi mettre l’enfant au fait de cette conversation qui ne fera que grimper son anxiété et ne corrigera en rien son comportement?

Je ne sais rien, au fond

Je sais, je ne sais rien. Je ne possède pas les clés d’une pédagogie efficace et je ne réformerai pas le système scolaire. Ceci dit, je vais revenir à ce timide étudiant qui voulait mourir.

Eux aussi, ont parfois des soucis à la maison

Au fil de la discussion, j’ai appris que cet enfant vivait des choses très difficiles à la maison. À fleur de peau, il avait eu une mauvaise journée et ce billet était la goutte qui faisait déborder le vase. Il avait dit, en classe, un gros mot : TABARNAK. Mot inacceptable dans un contexte scolaire (il en va de soi) et fréquemment inélégamment utilisé chez les adultes.

Debrefing

Je lui ai dit qu’il ne s’agissait que d’un mauvais choix et que même les adultes en faisaient constamment. Je lui ai demandé comment il se sentait lorsqu’il a dit le mot maudit et je lui ai demandé de me donner d’autres choix de mots. Je l’ai même fait un peu rire. À la fin, j’ai signalé ses verbalisations à qui de droit.

Je suis rentrée à la maison, le cœur gros. L’école est faite que pour un seul et même modèle d’enfant. Je le savais. Ignorante, je croyais que les modèles d’intervention étaient adaptés à chacun. Je réalise que, trop souvent, ils sont uniformisés. C’est la faute à personne. C’est la faute du système.

Je pense à nos enfants différents, à leur quotidien et je me dis qu’ils doivent le trouver très long le temps sur les bancs d’école.

Aucun enfant ne devrait revenir à la maison en disant « Je veux mourir ».



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