Des fois, Marilou, je te déteste…

Ma cuisine est un bordel sans nom. La couleur de mes armoires matche pas pantoute avec celle de la belle robe vaporeuse-que-je-ne-porte-pas-anyway. D’habitude, j’m’en fiche. Mais là… mes cheveux sont en pagaille, un peu comme mes tiroirs et mes idées.

Moi aussi, bon, j’aimerais ça avoir le temps d’étiqueter mes conserves maison avec des étiquettes faites à la main (comme Marilou) et de les classer par grandeur et par couleur sur mon comptoir en beau bois, pas sale, fait à la main.

Je voudrais TELLEMENT que mes repas ne ressemblent pas tous à une toile de Pollock. Mais t’sais, chez nous, l’important, c’est que la bouffe arrive au PC sur la table. On s’en sacre un peu que ce soit beau.

J’suis pas conne. T’sais, je le sais que c’est pas la vraie vie, que c’est juste du spectacle. Mais…

Quand je porte (encore) mes vieux jeans troués, que j’ai (encore) l’air d’une échalote défraîchie avec ma couette toute croche pis mes cheveux gras, que je viens de passer (encore) 2 heures dans le trafic, qu’il y a (encore) une note dans l’agenda du plus vieux parce qu’il a (encore) dérangé toute la classe avec ses bruits, que ma sauce à « spag » est (encore) entrain de cramer sur le feu parce que je console (encore) mon milieu qui pleure (encore) parce qu’il comprend (encore) rien à ses devoirs et que mon plus jeune cri (encore) « Viens m’essuyer, j’ai fait caca!! », dans ce temps-là… dans ce temps-là, Marilou pis les autres, je vous déteste. Encore.

Je le sais ben que c’est du chiqué. Je le sais que c’est le reflet d’une vision déformée… je LE SAIS, mais quand je me sens poche, laide, inadéquate et que les comptes s’accumulent sur mon bureau, quand votre perfection apparente, l’opulence suggérée de vos modes de vie et vos enfants-plus-que-parfaits se dressent devant mes yeux, JE LE SAIS PU! Vos vies instagramées et placardées sur des magazines me font l’effet d’une gorgée de Buckley… sauf que c’est juste dégueulasse et ça ne me fait pas de bien pantoute.

Faque là, je vais pleurer un bon coup, cachée-dans-la-salle-de-bain-parce-qu-une-mère-ça-pleure-pas. Après 5 minutes, je vais ressembler à Marilyn Manson sur le party, je vais retourner à ma petite vie et je vais me remettre à l’aimer. Pis après le souper, je vais niaiser sur Instagram et je vais me pâmer sur les photos de Marilou. Dans le fond, je l’aime bien.

Des fois, y a rien à comprendre. Des fois, on a le droit d’être à bout.

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